Le livre de Daniel CUEFF

Comme un cri Daniel Cueff intitule son livre “Paysans, on vous aime ! Défendez-vous, défendez-nous contre les pesticides”


Sa préface est rédigée par Corinne Lepage qui fût ministre de l’environnement puis députée européenne (95-97 et 2009-14). Elle y rappelle que la FNSEA connait depuis 25 ans le danger des pesticides, études scientifiques déjà alarmantes à l’époque. Malgré le danger, la pression de la productivité l’avait emporté sur la santé publique. Elle considère l’action des élus locaux comme une suite logique, de bon sens citoyen et installe l’arrêté pris par Daniel Cueff dans un démarche d’accompagnement à la mutation nécessaire que devra vivre le monde agricole.
Dans son ouvrage, le maire de Langouët raconte son arrivée d’élu aux commandes de la commune (également conseiller régional de Bretagne). Il décidera de “faire de l’écologie plutôt que d’en parler”. De la construction du bâti en passant par la cantine scolaire (100% bio dès 2004), il redéfinit un modèle en circuit court, stoppe l’utilisation des pesticides dans les services communaux, construit un éco quartier, développe le photovoltaïque pour l’énergie communale selon des principes de démocratie collaborative.
C’est en 2016 qu’il prendra son premier arrêté d’interdiction des pesticides tueurs d’abeilles avec l’aide de France Nature Environnement, sans conséquences administratives. Le second arrêté du 18/05/2019 est pris après mûre réflexion suite à des études associant maladie de Parkinson, certains cancers aux produits phytosanitaires, décidant ainsi d’exercer son “droit de police spéciale pour protéger les riverains”. C’est à l’occasion d’un carnaval dans un esprit festif organisé par le mouvement “Nous voulons des coquelicots” qu’est signé l’arrêté.
Sur demande de la FNSEA, la préfète demande au maire d’enlever son arrêté. A cette période Marie-Line Pichery (maire de Savigny-le-temple) tente également une action et le film d’Edouard Bergeon “Au nom de la terre” dénonce la vague de suicide qui secoue le monde agricole.
De là s’ensuit un cafouillage administrativo-juridique qui révèle les limites du système. Une zone de non traitement “protégeant” les populations est proposée à 100m puis fond à 10/15m par Elisabeth Borne. L’ANSES ne donne pas d’éléments tangibles qui permettraient de trancher. Visiblement en retard sur les dernière études d’impact ou timide face à la bataille politico-médiatique, l’agence sort un septembre 2019 des recommandations d’éloignement à plus de 10m pour “les substances actives pour lesquelles des effets cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction sont supposés ou suspectés”.
Un collectif de maires anti-pesticides est créé avec les 3 premiers-ères à contester. A l’heure où parait le livre, il en compte 120, courageux-ses.
Au congrès national de l’association des maires, les élus marquent leurs sensibilité au sujet sans vraiment s’engager. Daniel Cueff cite ensuite différentes tentatives qui confortent l’hypothèse que les intérêts économiques liés engluent le débat. Le changement d’échelle également.

Retour sur l’argumentaire développé par notre courageux élu face au discours convenu de la FNSEA. Puis description de la frilosité des décisions politiques face aux intérêts économiques de la filière de l’agrochimie. Des dissensions sont nés au sein même du conseil municipal, mais pas suffisamment pour mettre à mal les orientations résolument axées sur la transition écologique. 

Il obtient un soutien considérable de l’opinion publique (126 000 signataires de la pétition, 75 000 messages, 2000 cartes postales et bien d’autres choses encore), un concert en octobre 2019 organisé par Alan Simon, Excalibur, Denez Prigent et le bagad d’Elven ainsi que de nombreuses personnalités se prononcent en faveur du valeureux maire. La presse en parle. Toute la France est sensible au sujet. Malgré les meilleurs arguments scientifiques et preuves directes, l’arrêté est annulé par le tribunal administratif de Renne. Mais celui de Cergy ne prendra pas la même décision en novembre 2019. 

L’ANSES ne prend pas de position claire dans ces échanges, probablement parce que ses financeurs sont ceux qui font les lois.

Je recommande à la lecture cette épopée du 21 ème siècle où les combattants ne sont pas les valeureux guerriers contre de méchants envahisseurs qui tuent le peuple selon des méthodes militaires, mais simplement de joyeux élus représentants le peuple avec leur cœur et leurs connaissances au bénéfice de la protection des populations.

Vélia

Vélia

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